La main qui tient l'aiguille...
Biographie sommaire d'une
couturière bourgeoisement rétrograde.
Faisons abstraction de
tentatives précoces d'assembler plusieurs
bouts de tissu non ourlés en une vague chose dont la forme floue
était censée vaguement rappeller celle d'un sac, et de
plus sérieuses entreprises destinées à vêtir
une poupée Corolle (tm) - entreprise qui faillit me faire
délaisser mes legos et mes petites voitures, mais faillit
seulement, et ne réussit à me détourner ni de ma
planche à dessins, ni de ma bibliothèque. C'est
finalement
la traîtresse combinaison d'une machine à coudre Pfaff de
la meilleure qualité et d'un tissu d'ameublement bleu
orné de fleurs multicolores qui réussit à
m'attirer un jour sur le chemin dévoyé de la couture.
J'eus alors l'immense bonheur de découvrir que la mode actuelle
n'était pas une fatalité, et qu'une grande perche comme
moi pouvait ne pas être condamnée à des jupes trop
larges et trop courtes.
Après quelques petites réalisations utilitaires, je
ré-empoignai ma machine pour coudre des costumes fantastiques
pour les deux premières conventions de l'association KaraxaTroy,
pour moi-même et aussi pour des amies désemparées
par le maniement de l'aiguille (des photos des costumes un jour, si ma
main tombe dessus). Je rencontrai à cette occasion une adorable
sorcière, Mademoiselle Zéphire de Foreshadowing aka Mlle
Fi, compagne
couturière affichant un amour immodéré pour la
mode du tournant du siècle dernier et la ligne victorienne
tardive. Je commençais à glisser inexorablement sur le
chemin de la damnation, mais mon sort fut réellement
scellé quand je me mis, par l'entremise de ladite demoiselle
encore, au jeu de rôle grandeur-nature et aux
soirées-enquête. Entre le fantastique et la fin du 19°
siècle, je subtilisai à ma mère la machine
à coudre et devins une cliente assidue des magasins de tissu.